À la Une : avec ou contre Kabila
Frédéric Couteau
« La création du FRN, le Front pour la refondation de la nation, dirigé par Joseph Kabila et annoncé hier à Goma, commence à produire ses premières secousses dans l’ancien camp présidentiel » : c’est ce que relève Afrik.com. En effet, en l’espace de quelques heures, plusieurs cadres du PPRD, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, ont quitté le navire. « Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir les premières réactions de désapprobation dans la famille politique de Joseph Kabila. (…) Sa nouvelle orientation place ses alliés devant un choix difficile, note Afrik.com : suivre une stratégie qui assume désormais une dimension armée, ou poursuivre le combat politique en s’en démarquant. »
Ainsi, relève le site congolais 7 sur 7, « plusieurs cadres du PPRD, ainsi que diverses personnalités politiques, prennent leurs distances avec Joseph Kabila. » 7 sur 7 cite notamment l’ancienne ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, qui affirme « rejeter le recours à la lutte armée et qui dit vouloir poursuivre son combat politique dans l’opposition à Kinshasa, à “mains nues“. Elle plaide pour un dialogue “franc, inclusif et constructif » en faveur de la paix“. »
A contrario, l’ancien ministre de la Santé, Félix Kabange Numbi, affiche son soutien à cette nouvelle plateforme politico-militaire, pointe le site Actualité CD : « “Notre nation est en péril“, affirme-t-il, rejetant toute attitude d’abstention face à ce qu’il considère comme une urgence nationale. Félix Kabange Numbi appelle les Congolais à reprendre leur destin en main, et affirme vouloir combattre, au sein du FRN, le régime de Kinshasa qu’il qualifie de “dictature“. »
L’arène politique congolaise encore plus polarisée…
De son côté, Jeune Afrique remarque que « Kabila ne crée pas uniquement des secousses dans sa propre famille politique en annonçant rejoindre la lutte armée, il rebat aussi les cartes dans l’opposition. Le lancement du FRN polarise un peu plus l’arène politique et pousse les adversaires du président congolais, engagés depuis des mois dans la contestation du projet de changement de la Constitution, à prendre clairement position. À Kinshasa, ce combat est surtout porté par la coalition C64, qui réunit les opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga, Augustin Matata Ponyo, Jean-Marc Kabund et Moïse Katumbi. Aucun d’entre eux n’a pour l’heure réagi à l’annonce faite à Goma hier. »
Jusqu’à présent, pointe encore Jeune Afrique, « la C64 soutenait l’idée d’un dialogue inclusif qui impliquerait à la fois Joseph Kabila et l’AFC/M23. Le pouvoir a toujours catégoriquement refusé cette condition. Le lancement de la nouvelle rébellion confortera probablement le président Tshisekedi dans son approche. Et place en tout cas le reste de l’opposition face à un choix décisif : suivre la voie empruntée par l’ex-président, désormais clairement associé à la rébellion, ou s’en désolidariser entièrement, en espérant peser dans la rue face au pouvoir dans la perspective d’un dialogue. »
La rébellion va-t-elle passer à l’offensive ?
Le Monde Afrique s’interroge sur la suite des événements : « jusqu’où ira celui qui, en 1997, a participé au côté de son père, l’ancien président Laurent-Désiré Kabila, à la campagne militaire lancée depuis l’Est pour prendre Kinshasa et renverser le dictateur Mobutu Sese Seko ? Pour Trésor Kibangula, analyste politique au centre de réflexion congolais Ebuteli, interrogé par le journal, “si une partie de la direction de l’AFC/M23 semble pouvoir s’accommoder du statu quo actuel, en consolidant son contrôle sur des villes comme Goma et Bukavu, une autre frange paraît depuis longtemps favorable à la poursuite de l’offensive, notamment vers le Sud. Joseph Kabila semble davantage proche de cette seconde orientation, souligne le chercheur. La création du FRN pourrait donc favoriser une relance de cette progression vers le Sud“. »
Et puis, souligne encore Le Monde Afrique, « l’une des principales inconnues de la nouvelle équation posée par la création du FRN est celle de l’avenir du processus de paix de Doha, signé en novembre 2025 par le M23 et Kinshasa. Le M23 dissout, la nouvelle coalition reprendra-t-elle les engagements actés dans cet accord-cadre – tels que la mise en place d’un cessez-le-feu permanent ? De son côté, le gouvernement acceptera-t-il de continuer à négocier avec un nouveau chef de rébellion qui a été condamné à mort par contumace ? » Rien n’est moins sûr…
Source: https://www.rfi.fr/fr/podcasts/revue-de-presse-afrique/20261014




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