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Société

« Mon mari m’a rejetée parce que j’ai donné naissance à des jumeaux »

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Par Asha Juma BBC, Nairobi

Aujourd’hui, nous nous intéressons au témoignage de Catherine Mugure, qui raconte les difficultés qu’elle a rencontrées dans sa vie de couple.

L’histoire de Catherine commence alors qu’elle est à l’université, après sa rencontre avec celui qui deviendra son compagnon. Elle tombe enceinte, ce qui l’oblige à interrompre ses études.

Comme ses parents étaient très stricts, une attitude assez courante chez des parents qui souhaitent le meilleur pour leur fille, Catherine n’a d’autre choix que d’aller vivre avec son compagnon. Tous deux décident alors de commencer une vie de couple.

Pour Catherine, son compagnon était son meilleur ami, quelqu’un avec qui elle partageait tout. Elle était convaincue qu’il était l’homme avec qui elle voulait passer sa vie.

Cependant, il y avait une chose que son compagnon détestait particulièrement.

« Il disait qu’il ne voudrait jamais être avec une vierge. À cette époque, j’en étais une, mais à cause de ses propos, je ne lui ai jamais avoué », raconte Catherine.

La jeune femme n’a jamais compris pourquoi son compagnon rejetait l’idée d’être avec une vierge, mais elle ne voulait pas compromettre leur relation.

Le jour de son anniversaire, Catherine décide finalement de lui offrir sa virginité.

« Cet événement m’a fait perdre ma fierté et je suis aussi tombée enceinte. »

« Même si nous nous sommes violemment disputés après que mon mari a découvert que j’étais vierge, je considère cette année comme une année de malchance. Nous n’avions pas d’autre choix que de vivre ensemble puisque nous attendions un enfant », explique-t-elle.

Lorsque le moment de l’accouchement arrive, Catherine met au monde son enfant sans complication. Toutefois, son mari n’est pas présent et commence à adopter un comportement étrange.

« Il buvait beaucoup et rentrait à la maison très tard. Chaque fois que nous évoquions le sujet, il disait que je l’avais trompé », se souvient-elle.

Les disputes s’intensifient alors et, pour la première fois, Catherine décide de s’enfuir de chez elle. Son bébé a alors environ six mois.

Elle était devenue mère à l’âge de 21 ans. Lors de leurs disputes, son mari lui répétait que si elle décidait de partir, elle ne devait jamais essayer d’emmener leur enfant avec elle, sous peine de mourir.

La vie continuait normalement, sans que son mari ne sache que Catherine préparait secrètement sa fuite.

Elle lui demande l’autorisation de rendre visite à ses parents. Il accepte, mais lui pose d’abord une question : allait-elle lui laisser l’enfant ? Catherine répond :

« Si tu veux que je te le laisse, je te le laisserai. Mais je veux aller parler à mon père pour qu’il m’aide à retourner à l’université. »

C’était la raison qu’elle invoquait pour rentrer chez ses parents, mais au fond d’elle-même, elle savait qu’elle s’apprêtait à fuir. Son mari l’accompagne même jusqu’au départ et l’autorise à emporter leur enfant.

À son arrivée chez ses parents, sa mère est surprise de la voir entrer avec un sac rempli de vêtements.

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle est venue, Catherine répond que l’eau a été coupée chez elle et qu’elle est venue faire sa lessive.

« Le lendemain matin, je suis allée me laver et me préparer avant de partir. J’avais laissé une lettre, aussi bien chez mes parents que chez mon mari, sans qu’il le sache. J’ai ensuite laissé l’eau couler dans la salle de bain pour que les gens pensent que j’étais toujours en train de laver mon linge. »

« Je suis partie en laissant mon enfant endormi sur le lit. »

« Quand ils ont lu ma lettre et ont commencé à me chercher, j’avais déjà éteint mon téléphone. Ils m’ont cherchée jusque dans les morgues, parce que dans ma lettre j’avais écrit que si je continuais à vivre avec mon enfant, soit je le tuerais, soit je me suiciderais », raconte Catherine.

Lorsque je lui demande si elle pensait réellement ce qu’elle avait écrit, elle répond :

« Quand on est en dépression ou sous une immense pression psychologique, il n’y a rien qu’on ne soit capable de faire. »

« J’ai gardé mon téléphone éteint pendant trois mois », poursuit-elle en pleurant.

Durant cette période, elle trouve refuge chez une amie qui l’héberge quelque temps. Peu à peu, elle en vient même à oublier qu’elle avait un enfant.

Alors qu’elle sombre de plus en plus dans la détresse psychologique, Catherine commence néanmoins à reconstruire sa vie et à réfléchir à la manière de repartir de zéro, seule.

Après ces trois mois, Catherine rallume finalement son téléphone.

« Ma mère a été la première à m’appeler. Elle s’est mise à pleurer en me disant qu’au moins, j’aurais dû lui expliquer ce qui se passait. »

Cet appel marque la reprise des contacts avec sa famille, mais aussi le début d’une séparation de deux ans avec son mari.

Même si Catherine poursuit sa vie de son côté, le destin les réunit un jour de manière inattendue dans un magasin en ville où elle vendait des téléphones.

« J’interpellais les clients pour leur vendre des téléphones : « Bonjour chéri, bonjour bébé, venez acheter un téléphone ! ». Soudain, j’ai aperçu celui qui était mon mari et j’ai été très surprise. Je ne m’y attendais pas, et je pense que lui non plus. »

Ce jour-là, il lui demande de lui vendre un téléphone. À partir de là, il commence à lui rendre visite chaque jour. Ils prennent l’habitude de boire un café ensemble avant de rentrer chacun chez soi.

Mais peu de temps après, Catherine découvre qu’elle est enceinte de leur deuxième enfant.

« Il a été facile de se remettre ensemble parce qu’il prenait soin de tous nos besoins. »

Le couple décide alors de récupérer leur premier enfant, qui vivait chez sa grand-mère, et de reprendre la vie commune.

Mais contre toute attente, même après avoir obtenu cette seconde chance de vivre à nouveau comme une famille, les problèmes demeurent les mêmes.

Après quelque temps, les disputes reprennent. Cette fois encore, la réconciliation ne dure pas longtemps et le couple finit par se séparer une deuxième fois.

La douleur que j’ai endurée lors de ma troisième grossesse

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Bien que leur relation ait été marquée par de nombreuses difficultés, l’ex-mari de Catherine n’a jamais cessé de subvenir aux besoins de ses enfants.

Cette situation lui permettait de rendre visite à la famille quand il le souhaitait.

C’est ainsi que Catherine se retrouve enceinte d’un troisième enfant du même homme.

« Après tout ce que j’avais vécu avec mon premier et mon deuxième enfant, j’avais décidé que je n’aurais plus jamais d’autre enfant avec lui.

Après avoir fait un test, j’ai confirmé que j’étais de nouveau enceinte, pour la troisième fois. »

À cette époque, Catherine souffrait déjà de problèmes de santé. Elle était atteinte de diabète et d’hypertension. Malgré cela, elle avait pris la décision d’interrompre cette grossesse.

Mais lorsqu’elle se rend à l’hôpital, les médecins lui annoncent une nouvelle qu’elle n’aurait jamais imaginée.

« Cette grossesse ne peut pas être interrompue. Si vous essayez, vous risquez de mourir. Vous attendez des jumeaux et vous souffrez également de fibrose », lui explique le médecin.

C’est à partir de ce moment que tout bascule.

Même si les médecins lui conseillent de mener sa grossesse à terme et de prendre soin d’elle-même, son ex-mari réagit très mal lorsqu’il apprend qu’elle attend des jumeaux.

« Dans ma famille, il n’y a pas de jumeaux. Dans la vôtre non plus. Donc ces enfants ne sont pas les miens. »

Cette réaction marque le début d’une nouvelle période de souffrance pour Catherine.

Alors qu’elle approchait du sixième mois de grossesse, elle commence à perdre les eaux : les bébés arrivaient prématurément. Elle est transportée d’urgence à l’hôpital, où elle subit une césarienne. Ses deux précédents accouchements s’étaient également déroulés par césarienne.

Les jumeaux naissent, mais le drame survient rapidement : au lendemain de l’accouchement, l’un des bébés meurt.

« On m’a demandé d’aller à la nurserie voir mes enfants. Quand je suis arrivée, j’ai vu que l’un d’eux était allongé sur une table. Il était déjà décédé. L’autre, lui, allait bien. »

Son mari les abandonne alors à l’hôpital.

« Mon mari m’a rejetée parce que j’avais donné naissance à des jumeaux, et il n’est jamais revenu jusqu’à aujourd’hui », raconte Catherine.

Le chemin vers la guérison d’une rupture amoureuse

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Crédit photo, Catherine Mugure

 

Après sa sortie de l’hôpital, Catherine a dû faire face à l’une des périodes les plus difficiles de sa vie.

« J’ai failli perdre la raison. J’ai même été près de tuer mes trois enfants. Mais Dieu m’a donné la force de continuer », confie-t-elle.

Concernant le jumeau qui a survécu, les médecins lui avaient annoncé qu’il ne vivrait probablement pas longtemps, car il souffrait d’une maladie cardiaque. Pourtant, contre toute attente, l’enfant a aujourd’hui trois ans.

Catherine adresse un message aux autres mères qui traversent des épreuves similaires :

« Ne perdez jamais espoir. »

« Votre force réside dans votre état d’esprit », affirme-t-elle.

Aujourd’hui, Catherine a réussi à aller de l’avant. Malgré les épreuves qu’elle a traversées, elle poursuit sa vie et consacre son énergie à l’éducation de ses enfants.

Source: https://www.bbc.com/afrique/articles/cm1dwg2ygkk9o

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