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Direct Lundi 12 octobre 2026
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Politique

Décret présidentiel : servir la République, pas se servir

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Être nommé par le président de la République n’est ni une consécration personnelle ni un privilège autorisant l’arrogance. C’est une responsabilité au service de l’État et des citoyens. Pourtant, certains responsables semblent confondre la confiance présidentielle avec un statut de supériorité, oubliant que le pouvoir est temporaire et que le devoir de servir demeure. Une dérive qui mérite d’être dénoncée.

« Quand vous bénéficiez d’un décret de nomination du président, cela ne fait pas de vous le plus béni. Le président vous nomme pour servir l’État, pas pour vous servir. »

Cette vérité, pourtant élémentaire, semble échapper à certains responsables investis de fonctions publiques. À peine leur nomination officialisée, certains changent de comportement, prennent leurs distances avec leurs compatriotes et affichent une posture qui laisse croire que leur nouvelle fonction les place au-dessus des autres citoyens.

Comme si un décret présidentiel suffisait à transformer un individu en personnalité intouchable, à lui conférer une supériorité morale ou à lui accorder le droit de mépriser ceux au nom desquels il est pourtant appelé à travailler.

Il est temps de rappeler une évidence : un décret de nomination n’est pas une couronne, encore moins un permis d’arrogance. C’est une mission, une responsabilité et une obligation de résultats.

Quand le pouvoir devient une affaire d’ego

La fonction publique n’est ni un patrimoine personnel ni une récompense destinée à satisfaire les ambitions individuelles. Elle constitue une charge temporaire confiée à une personne pour répondre aux besoins de la collectivité.

Pourtant, dans certaines sphères du pouvoir, l’accès aux responsabilités semble parfois produire un effet inquiétant : l’humilité cède la place à la suffisance, le sens du devoir à l’orgueil et la proximité avec les citoyens à une distance soigneusement entretenue.

Certains finissent par mesurer leur importance au nombre de personnes qui les entourent, aux privilèges dont ils bénéficient ou à leur capacité à imposer leur volonté. Ils oublient que la valeur d’un responsable ne se mesure ni à son cortège ni à son titre, mais à la qualité du travail accompli et aux résultats obtenus.

Le plus préoccupant, dans cette dérive, est que certains semblent considérer leur nomination comme une victoire personnelle plutôt que comme un engagement envers la nation.

Or, le pouvoir n’a jamais été conçu pour flatter les egos. Il doit permettre d’agir, de résoudre les problèmes, de protéger l’intérêt général et d’améliorer les conditions de vie des citoyens.

La confiance du président n’est pas un chèque en blanc

Être nommé par le chef de l’État signifie avoir été investi d’une mission. Cette confiance devrait inspirer davantage de discipline, de modestie et de responsabilité.

Elle ne saurait être interprétée comme une autorisation de se croire supérieur aux autres, de confondre autorité institutionnelle et pouvoir personnel ou de considérer toute critique comme une offense.

La fidélité au président ne se mesure pas uniquement aux déclarations de soutien, aux éloges répétés ou aux démonstrations publiques de loyauté. Elle se mesure aussi à la capacité de respecter les lois, de défendre les biens publics, d’appliquer les orientations légitimes de l’État et de produire des résultats concrets.

Un responsable peut multiplier les discours de fidélité sans pour autant être à la hauteur de la mission qui lui a été confiée.

La véritable loyauté institutionnelle exige des actes, de la compétence et de l’intégrité. Elle suppose également de comprendre que l’autorité exercée au nom de l’État doit toujours s’accompagner d’un devoir de redevabilité.

Lorsqu’un responsable utilise sa position pour satisfaire des intérêts personnels, il ne sert plus pleinement la mission qui lui a été confiée. Il contribue, au contraire, à fragiliser la confiance des citoyens envers les institutions.

Le peuple n’est pas au service des dirigeants

Il convient également de rappeler une vérité fondamentale : dans une République, les fonctions publiques existent pour servir les citoyens, et non pour installer une catégorie de personnes au-dessus d’eux.

Le citoyen qui interpelle un responsable, exprime une préoccupation ou formule une critique ne devient pas son ennemi. Il exerce un droit qui participe à la vie démocratique et à la responsabilité publique.

Un responsable qui comprend sa mission sait écouter, expliquer ses décisions et accepter la contradiction dans le respect des lois. Celui qui exige le respect sans respecter les autres confond sa personne avec l’institution qu’il représente.

La fonction publique exige de la hauteur, mais cette hauteur ne doit jamais se transformer en mépris. L’autorité est nécessaire à la conduite des affaires publiques, mais elle perd sa légitimité morale lorsqu’elle se nourrit de l’humiliation, de l’intimidation ou de la suffisance.

La Guinée a besoin de responsables capables de comprendre que la proximité avec le pouvoir ne les éloigne pas de leurs obligations envers la population.

Les fonctions passent, les actes restent

À ceux qui se croient arrivés au sommet parce qu’un décret présidentiel porte leur nom, il faut rappeler que les fonctions publiques sont temporaires.

Les gouvernements changent, les responsabilités évoluent et les privilèges liés aux postes finissent par disparaître. En revanche, les actes accomplis, les décisions prises et les comportements adoptés laissent une trace durable.

L’histoire ne retient pas uniquement les titres et les rangs. Elle retient aussi la manière dont les responsabilités ont été exercées, les résultats obtenus et le respect accordé aux citoyens.

La véritable question n’est donc pas de savoir qui a été nommé, mais ce que cette personne fait de la confiance qui lui a été accordée.

A-t-elle contribué au développement du pays ? A-t-elle fait preuve d’intégrité dans la gestion des ressources publiques ? A-t-elle respecté les citoyens et les institutions ? A-t-elle privilégié l’intérêt général au détriment de ses intérêts personnels ?

Voilà les critères qui devraient permettre d’apprécier la valeur d’un responsable public, bien au-delà des titres et des honneurs.

Conclusion : servir ou se servir, il faut choisir

La Guinée n’a pas besoin de responsables qui considèrent leur nomination comme un privilège personnel. Elle a besoin de femmes et d’hommes conscients que l’accès aux responsabilités publiques constitue avant tout une obligation de servir.

Un décret présidentiel devrait inspirer l’humilité plutôt que l’orgueil, le sens du devoir plutôt que la suffisance, et la recherche de résultats plutôt que la course aux privilèges.

Être nommé par le président est une marque de confiance, pas une bénédiction qui autorise à mépriser les autres. Le pouvoir est temporaire, la responsabilité est réelle et le service de la République doit rester la priorité.

Au bout du compte, chaque responsable public devrait se poser une question essentielle : a-t-il été nommé pour servir la République ou pour se servir de la République ?

C’est à cette question, et non à la seule lecture d’un décret de nomination, que se mesure la véritable grandeur d’un serviteur de l’État.

Par Azözöye Bangoura 

Source: https://www.guineefutur.info/2026/10/10/

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