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Analyses & Opinions

Insécurité dans le Grand Conakry : quand la peur s’invite chez nous (Par Elhadj Aziz Bah)

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Deux hommes portant le nom de Boubacar Barry retrouvés morts à leur domicile, à Manéah et à Lambanyi, et la RTG 2 cambriolée en plein Kaloum : en quelques jours, le Grand Conakry a pris conscience de la fragilité de sa sécurité. Au-delà des enquêtes en cours, ces drames posent une question simple : qui protège les citoyens, et à quel prix pour la vie quotidienne et l’avenir du pays ?

Il y a quelques jours, un homme est rentré chez lui. Boubacar Barry, marié et père de quatre enfants, était en Guinée depuis peu. Il avait retiré de l’argent pour son immeuble, ce projet que l’on bâtit brique après brique lorsqu’on vit loin et que l’on rêve de revenir. Ce soir-là, selon un proche, deux inconnus lui ont demandé un tapis de prière. Il le leur a prêté, puis est allé faire ses ablutions. Samedi, son corps a été retrouvé à Manéah, derrière l’école militaire.

Quelques jours plus tôt, à Lambanyi, un autre Boubacar Barry avait été retrouvé mort chez lui, après une attaque, selon sa famille. Même nom, même drame, deux familles brisées.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre, des individus ont pénétré dans les locaux de la RTG 2, à Boulbinet, en plein cœur de Kaloum, et emporté des équipements de diffusion. Ce n’est pas un quartier oublié : c’est le centre administratif du pays. Et ce n’est pas un commerce de rue : c’est le média d’État.

Soyons précis, car la douleur n’autorise pas l’approximation. Les circonstances de ces décès relèvent de l’enquête, et personne ne doit être jugé avant que la justice ne se prononce. Mais ces drames s’ajoutent à d’autres et disent la même chose : la sécurité n’est plus une évidence.

Ce que la peur nous coûte

Elle nous coûte d’abord des vies. Elle nous coûte ensuite le sommeil : on verrouille deux fois, on écoute les bruits de la nuit, on n’ouvre plus à celui qui frappe, même pour une prière. C’est une forme de pauvreté, celle d’un peuple dont l’hospitalité est une fierté et qui doit désormais apprendre à se méfier.

Elle coûte aussi à l’économie. Un investisseur qui hésite à placer son capital à Conakry ne lit pas nos brochures, il lit nos faits divers. Un entrepreneur, un touriste, un membre de la diaspora qui rêve de rentrer bâtir au pays se pose la même question : serai-je en sécurité ? Un homme qui revient d’Amérique avec ses économies et paie de sa vie son projet de maison envoie un message que nul slogan ne peut effacer.

Pourtant, la Guinée a des atouts et l’on sent un mouvement. Des groupes hôteliers internationaux annoncent des projets à Kaloum même, et les plans de redéveloppement du quartier misent sur l’arrivée d’investisseurs. Cet élan est fragile. Il repose sur une promesse implicite : ici, on peut travailler, bâtir et dormir tranquille.

Ce que nous demandons

Nous ne demandons pas l’impossible. Nous demandons :

  • que toute la lumière soit faite sur la mort des deux Boubacar Barry et que les résultats de l’enquête soient rendus publics ;
  • que les auteurs du cambriolage de la RTG 2 soient identifiés et jugés ;
  • que les patrouilles de nuit soient visibles dans les quartiers périphériques, de Manéah à Lambanyi, et pas seulement au centre ;
  • que les citoyens disposent de moyens simples pour donner l’alerte et aient la certitude d’être entendus ;
  • que les autorités s’expriment, parce que le silence nourrit la peur.

Ce que nous nous devons

La sécurité n’est pas seulement l’affaire des forces de l’ordre. C’est un contrat : l’État protège, les citoyens s’organisent, s’entraident et signalent les faits suspects. Les comités de quartier, les voisins vigilants et les jeunes engagés ont aussi leur rôle à jouer. Mais on ne peut pas demander aux citoyens de veiller à la place de ceux qui sont payés pour le faire.

Un pays se juge à la façon dont ses habitants rentrent chez eux le soir. Que Boubacar Barry et les siens ne deviennent pas des noms que l’on oublie dans huit jours. Qu’ils soient plutôt le symbole du moment où Conakry a décidé de ne plus avoir peur.

Que leurs âmes reposent en paix. Que justice leur soit rendue.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Cette tribune est publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

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