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Politique

« En rejetant la LFR 2026, le parti d’Ousmane Sonko conteste des mesures qu’il avait lui-même conçues, défendues et appliquées au pouvoir », Made Code Ndiaye

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Dans une réaction consacrée au rejet de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026, Made Codé Ndiaye, ingénieur en télécommunications et membre de Kiiraay, estime que le PASTEF s’oppose aujourd’hui à des mesures qu’il avait lui-même conçues, défendues et appliquées lorsqu’il était aux affaires. Pour l’auteur, ce rejet relève de l’opportunité politique plus que du débat d’idées. Il reconnaît qu’une démocratie a besoin d’une opposition forte, vigilante et exigeante. Mais, selon lui, les arguments avancés contre la LFR contredisent les actes posés par le même parti lorsqu’il détenait les leviers du pouvoir. Il cite trois exemples.

Le premier concerne les subventions à l’énergie. Pendant deux ans, Ousmane Sonko et son gouvernement ont soutenu que le modèle des subventions généralisées était devenu insoutenable, rappelle l’auteur. Devant l’Assemblée nationale, l’ancien Premier ministre avait lui-même alerté sur le poids de ces dépenses pour les finances publiques, aggravé par les chocs internationaux et les tensions géopolitiques. Le gouvernement du PASTEF avait fait de la « subvention ciblée » l’un des piliers de sa doctrine économique, afin de concentrer l’aide publique sur les couches les plus vulnérables. Made Codé Ndiaye s’interroge : comment les mêmes responsables peuvent-ils dénoncer aujourd’hui une orientation qu’ils présentaient hier comme une nécessité nationale ? À ses yeux, ce qui passait pour une réforme courageuse est devenu une erreur dès lors que le parti ne contrôle plus seul le récit politique.

Il en va de même, poursuit-il, pour les bourses de sécurité familiale. Quand elles figuraient dans les orientations budgétaires du gouvernement Sonko, elles étaient présentées comme un outil de justice sociale, de solidarité nationale et de lutte contre la pauvreté, sans que personne au PASTEF y voie une manœuvre électoraliste. Or certains responsables du parti affirment désormais que ces dispositifs serviraient au président Diomaye Faye à « fabriquer de nouveaux électeurs ». L’auteur y voit une logique selon laquelle une mesure n’est plus jugée sur son utilité pour les populations, mais sur l’identité politique de celui qui l’applique. Il qualifie cette vision de dangereuse pour l’action publique.

Made Codé Ndiaye

C’est sur les fonds spéciaux que la contradiction serait la plus nette, selon lui. Ousmane Sonko a bâti une partie de son discours sur la dénonciation de pratiques jugées opaques dans la gestion de l’État, et réclamait davantage de transparence. Or, d’après les révélations intervenues après son départ de la Primature, ces fonds ont été utilisés en 2024, 2025 et 2026 sans que leur encadrement ait été préalablement réformé. Made Codé Ndiaye demande pourquoi utiliser pendant trois ans un mécanisme que l’on présentait soi-même comme moralement et politiquement contestable. Les principes, estime-t-il, ne valent que s’ils s’appliquent aussi à ceux qui les proclament, faute de quoi ils deviennent de simples instruments de communication.

L’auteur du texte considère par ailleurs que l’opposition à la LFR 2026 était décidée avant même l’examen du texte sur le fond. Avant sa présentation devant l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko avait annoncé son intention d’attendre le gouvernement « au pied du mur », laissant entendre qu’il lui réserverait le traitement qu’il estimait avoir subi à travers les recours devant le Conseil constitutionnel. Selon Made Codé Ndiaye, le problème n’était donc peut-être pas le contenu de la LFR, mais la volonté d’organiser un rapport de force et de régler des comptes politiques. Il juge préoccupant qu’une formation privilégie la revanche à la cohérence, car la nation en devient la principale victime.

Il déplore que ce bras de fer survienne alors que les Sénégalais font face à des défis majeurs : la cherté de la vie, le chômage des jeunes, le besoin d’investissements et d’accompagnement pour les agriculteurs, les ressources nécessaires aux hôpitaux et aux écoles. Les citoyens, écrit-il en substance, n’ont pas besoin d’une guerre politique permanente ni d’une opposition qui soutient une mesure un jour pour la condamner le lendemain selon sa position institutionnelle. Ils attendent des dirigeants capables de dépasser leurs intérêts immédiats pour servir l’intérêt général.

Made Codé Ndiaye précise que c’est une question de crédibilité politique. Peut-on prétendre incarner le changement tout en combattant aujourd’hui les réformes défendues hier ? Invoquer la morale publique tout en s’affranchissant des exigences imposées aux autres ? Se présenter comme le porte-voix du peuple tout en bloquant des mesures censées répondre à ses préoccupations urgentes ? Pour lui, le patriotisme ne se proclame pas dans les meetings ou les conférences de presse, il se révèle lorsque les intérêts partisans entrent en conflit avec l’intérêt supérieur de la nation.

Il indique enfin qu’en rejetant la LFR 2026 au nom d’arguments qu’il contredisait lui-même hier, le PASTEF donne le sentiment d’avoir choisi le combat politique plutôt que l’intérêt national. « Le vin est tiré, il faut le boire », écrit-il, citant l’adage Alea jacta est.

Source: https://www.dakaractu.com/

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