Madama: le «guichet» du Sahara
C’est un fort perdu dans le Sahara, à 400 km de tout. Personne n’y vit. Pourtant ce matin, cinq parrains se disputent sa piste. Madama, ancienne base française au nord du Niger. Hier, elle surveillait les jihadistes. Aujourd’hui, l’Algérie veut s’y installer. Pourquoi ?
Parce que Madama est la clé du Sahara. Les Toubous le disent bien : « Le désert est grand, mais il n’a qu’une porte ». Madama est cette porte naturelle entre les dunes de Bilma et les roches de Djado. Au milieu, Madama. Le seul trou dans le mur. Et le seul point d’eau sur 400 km. Dans le Sahara, sans passage tu ne roules pas. Sans eau, tu meurs. Alors tout passe par Madama : l’or du Tibesti vers Dubaï, l’essence libyenne vers Agadez, les migrants vers l’Europe, et demain peut-être le gaz du Nigeria. C’est le péage que l’Algérie veut s’acheter.
Qui est encore à Madama ?
Personne, et tout le monde. Trois cercles sur 200 km². Cercle 1 : les anciens. La France est partie en décembre 2023, mais ses satellites passent toujours. Et Haftar. Depuis Al-Wigh – à 263 km au nord, considère Madama comme son jardin. C’est par là que sort son or, mais pas que.
Cercle 2 : les nouveaux. L’Algérie revient après 62 ans d’absence. La plus grande armée d’Afrique, jusque-là cantonnée à la maison, dit que : le Sahara est sa profondeur stratégique. En face, la Russie : 200 hommes d’Africa Corps à Niamey qui vendent de la sécurité low-cost à Tiani. Elle a besoin de Madama pour garder sa route vers la Libye.
Cercle 3 : les vrais patrons. Les Toubous. Sans eux, rien ne passe. Ce sont eux qui font payer. Et Niamey loue son désert au plus offrant : Tiani promet Madama à Alger le matin, et jure l’inverse à Haftar l’après-midi.
Comment Alger va tenir ?
En faisant comme la France, avec moins de moyens et moins d’expérience. La France, au tout début, en 2014, tenait avec 50 légionnaires et des Mirage à Ndjamena, à 900 km. En une heure, elle pouvait se projeter sur Madama, si ses hommes étaient attaqués. Alger n’a pas ça. De Tamanrasset, son Su-30 arrive à Madama mais ne peut rester qu’une vingtaine minutes et repart. Il peut bien décoller de Niamey, mais le lendemain, il aura des problèmes. Le bel oiseau russe ne dort pas à la belle étoile.
Alors elle fait comment ?
Le 25 octobre 2026, Alger a basculé. Une première depuis 1973. La fin de la doctrine de non-intervention. Elle va devoir se donner les moyens de son ambition. En projetant aussi son chéquier. Elle va devoir payer la location avec le Niger, louer les muscles des Toubous avec Ndjamena et recourir au parapluie de la Russie, pour voler au secours de ses hommes, en cas de besoin. Haftar depuis Al-Wigh ne va plus faciliter la tâche. Mandat officiel : protéger les installations de Sonatrach sur le bloc de Kafra et le tracé du futur gazoduc transsaharien.
Alors qui gagne ?
À court terme, Haftar et Déby. Tout le monde négocie chez eux. La France perd. Elle voit son ancien fort devenir algérien. L’Algérie devient otage de ses sous-traitants. À la merci des Toubous et des Russes. Et le grand perdant, c’est le Niger. Il loue le même parking à cinq protagonistes qui se détestent. Il encaisse tout le monde, mais il ne contrôle plus personne. Et Moscou arme tout ce monde, tout en poussant Haftar à garder un lien avec les rebelles du nord Mali (FLA) pour ne pas s’enliser lui-même.

Source: https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-regard-de-newton-ahmed-barry/20261107-



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