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Politique

À deux mois de son départ, Guterres dénonce un monde où la force l’emporte sur le droit

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En visite en Espagne, le Secrétaire général des Nations Unies a livré vendredi un plaidoyer contre la banalisation du recours à la force et l’affaiblissement du droit international. À moins de deux mois de la fin de son mandat, António Guterres a mis en garde contre un ordre mondial où les États s’affranchissent des règles qu’ils sont censés défendre.

C’est un avertissement aux puissants, prononcé dans un lieu où l’on se penchait déjà, il y a cinq siècles, sur les limites de leur pouvoir. Vendredi, à l’université de Salamanque, dans l’ouest de l’Espagne, M. Guterres a dénoncé la dégradation d’un ordre international fondé sur le droit, désormais menacé par le retour de la loi du plus fort.

« Le recours illégal à la force se banalise. Les frontières sont redessinées par les armes. Trop d’États appliquent le droit international à la carte », a déploré le diplomate portugais, venu recevoir un doctorat honoris causa dans cette institution fondée au XIIIe siècle.

De l’Ukraine au Soudan, de Gaza au Yémen, les populations civiles paient le prix de cette dérive, tandis que l’impunité encourage de nouvelles violations. « La Charte établit la même règle pour tous : respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de chaque État. Sans exception. Sans deux poids, deux mesures », a insisté M. Guterres, dont le second mandat en tant que chef de l’ONU s’achèvera le 31 décembre.

Le droit contre la puissance

Le choix de Salamanque n’avait rien d’anodin. Il y a cinq siècles, le théologien Francisco de Vitoria y enseignait les principes qui allaient faire de lui l’un des précurseurs du droit international.

Au XVIe siècle, alors que l’Espagne étendait son empire colonial, Vitoria défendait le droit des peuples autochtones d’Amérique à disposer de leurs terres et à se gouverner eux-mêmes. Une pensée traversée de contradictions, a reconnu Guterres, mais dont il a retenu un principe : le pouvoir doit être soumis au droit.

Cinq siècles plus tard, cette exigence demeure largement insatisfaite. « L’impartialité ne signifie pas la neutralité face aux violations de la Charte », a-t-il rappelé.

Son constat dépasse les champs de bataille. Le Conseil de sécurité, chargé de préserver la paix, reste selon lui prisonnier d’une architecture héritée de 1945. L’absence de siège permanent pour l’Afrique et l’Amérique latine constitue, selon lui, « une injustice historique » à réparer. La veille, le Secrétaire général avait participé à l’ouverture du 30e Sommet ibéro-américain, à Madrid.

Un multilatéralisme fragilisé

Le recul du droit s’accompagne, a poursuivi M. Guterres, d’une érosion des libertés fondamentales. Journalistes emprisonnés, opposants réduits au silence, défenseurs des droits humains menacés. Les atteintes aux libertés commencent bien souvent par des discours qui transforment le voisin en ennemi, désormais amplifiés par les réseaux sociaux et la désinformation.

Sur le terrain économique, le déséquilibre est tout aussi préoccupant. Alors que les dépenses militaires battent des records, l’aide humanitaire et celle au développement s’effondrent. De nombreux pays en développement consacrent davantage de ressources au remboursement de leur dette qu’à la santé ou à l’éducation.

Le changement climatique ajoute une autre injustice. Les pays qui ont le moins contribué au réchauffement en subissent les conséquences les plus graves. Jugeant désormais presque inévitable un dépassement, au moins temporaire, du seuil de 1,5 °C, M. Guterres a demandé aux gouvernements de présenter des calendriers crédibles de sortie des énergies fossiles.

Il a également alerté sur la concentration du pouvoir technologique entre quelques entreprises et États. Face à l’essor de l’intelligence artificielle, il a réclamé des mécanismes de contrôle indépendants et l’interdiction des armes létales autonomes dépourvues de contrôle humain.

Un dernier appel à la raison

Ce discours avait aussi valeur de testament politique. Après 10 années à la tête d’une organisation dont l’autorité est régulièrement contestée, M. Guterres a défendu la nécessité d’un multilatéralisme rénové, sans dissimuler la gravité des fractures internationales.

« Les structures vieillissent. Les valeurs demeurent », a-t-il affirmé, avant d’appeler les universités à défendre la liberté académique et l’indépendance de la recherche.

Pour conclure, le haut responsable a emprunté une formule attribuée à Fray Luis de León, professeur à l’université de Salamanque revenu enseigner après plusieurs années d’absence forcée au XVIe siècle : « Comme nous le disions hier… ».

Une manière de rappeler que son départ ne saurait mettre fin au combat qu’il entend incarner. « Les mandats passent. La lutte pour la paix, la dignité et la justice continue ».

Source: https://news.un.org/fr/story/2026/11/1159801

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