Prix de la bauxite Guinéenne varie de 35 à 40 dollars, contre 70 à 80 dollars à l’international. Pourquoi cette différence ? ( Dantouman Souleymane TRAORE)
Premier pays exportateur de bauxite au monde, la Guinée voit pourtant sa tonne de minerai valorisée entre 35 et 40 dollars, soit la moitié du prix international. Pourquoi cette différence ?
Le prix du minerai de bauxite varie de 35 à 40 dollars la tonne selon la formule de calcul indiquée dans l’Arrêté conjoint AC/2022/MMG/MB/MEFP/SGG du 6 juillet 2022, relatif à l’institution du prix de référence applicable à la vente de la bauxite en République de Guinée. Quant à l’agence spécialisée dans l’évaluation des prix des métaux et minerais, Shanghai Metals Market (SMM), elle situe la tonne de bauxite entre 70 et 80 dollars, soit le double du prix de la bauxite guinéenne.
Pourtant, en 2023, la Guinée a été le premier pays exportateur de bauxite, devant l’Australie. En 2025, selon Reuters, elle a expédié 182,8 millions de tonnes, soit une hausse de 25 %, représentant 34 % de la production mondiale, avec une réserve de 7,4 milliards de tonnes selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS). De 35 à 40 dollars la tonne en Guinée à 70 à 80 dollars à l’international, pourquoi cette différence ?
L’annexe 1 de l’Arrêté du 6 juillet 2022 a institué la formule de calcul du prix de référence : PR = (CBIX + ΔAl₂O₃ − ΔSi − Fr) × (1 + ThH₂O) . C’est-à-dire : CBIX = prix de la bauxite à l’international ; ΔAl₂O₃ = ajustement selon la teneur du minerai en alumine ; ΔSi = ajustement selon la teneur en silice ; Fr = coût du transport maritime ; ThH₂O = taux d’humidité de la bauxite. A titre d’illustration, pour un prix international de 70 dollars; ajustement alumine 0 ; transport maritime 35 dollars ; taux d’humidité 0,10. On obtient : PR = (70 + 0 − 0 − 35) × (1 + 0,10) = 35 × 1,10 = 38,50 $`/tonne.
Le prix international de 70 dollars la tonne est un prix à destination. La formule en déduit les 35 dollars de frais maritimes, soit 50 % du prix, d’où les 35 à 40 dollars de la bauxite guinéenne. Il en va pour l’Australie, la Chine, le Brésil, l’Indonésie, l’Inde, la Russie, l’Arabie saoudite et la Jamaïque, qui extraient, transforment et exportent. Chez eux, le minerai est vendu sur place de 70 à 80 dollars.
Pour le produit fini et semi fini de la bauxite, le prix de l’alumine varie de 351 à 430 dollars la tonne selon Shanghai Metals Market (SMM). Quant à l’aluminium, il varie de 3 060 à 3 095 dollars la tonne selon le London Metal Exchange (LME). Faisons le calcul à quantité de matière égale. Il faut environ 2,5 tonnes de bauxite pour produire 1 tonne d’alumine, et environ 2 tonnes d’alumine pour 1 tonne d’aluminium, soit environ 5 tonnes de bauxite pour 1 tonne d’aluminium.
Bauxite nécessaire pour 1 tonne d’aluminium : 5 t × 35 $ = 175 $.
Part de la valeur de l’aluminium captée par le minerai : 175 / 3 095 = 0,0565, soit 5,7 %.
Part de la valeur de l’alumine : 2,5 t × 35 $ = 87,50 $, soit de 20,3 % (87,50 / 430) à 24,9 % (87,50 / 351) de sa valeur.
Dans cette opération, la Guinée ne capte qu’environ 6 % en vendant son minerai brut, et le reste, soit environ 94 % de la valeur finale, revient aux pays qui transforment. Ce reste est la valeur nouvellement ajoutée après la transformation.
Si la Guinée avait une raffinerie de bauxite, elle gagnerait beaucoup plus. Pourquoi ? Si le partenariat était gagnant gagnant, les partenaires devraient créer une chaîne de valeur : extraire le minerai en Guinée, le transformer en Guinée et l’exporter. Avec 49 % des parts dans la CBG, la Guinée gagnerait, en valeur brute et avant déduction des coûts, 49 % × 3 095 = 1 516,55 dollars par tonne d’aluminium produite. Avec le minerai brut, ses 49 % ne représentent que 49 % × 35 = 17,15 dollars par tonne de bauxite exportée, soit 85,75 dollars pour les 5 tonnes nécessaires à une tonne d’aluminium. Cela fait près de 18 fois moins (1 516,55 / 85,75 ≈ 17,7).
Qu’en est-il de la CBG ? Elle est au cœur d’intérêts internationaux : les États-Unis à travers Alcoa, l’Australie à travers Rio Tinto (qui a absorbé Péchiney, ancienne entreprise française), et la Chine, qui intervient comme partenaire commercial. Les banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Natixis) interviennent comme bailleurs de fonds pour les projets d’extension de la CBG. La bauxite guinéenne sert les puissances, le peuple traîne et les dirigeants se sont tus.
Regardez au delà des images et des discours, vous verrez que ce pays a un long trajet à parcourir. Le peuple exprime ses besoins, les dirigeants manquent de ressources pour y répondre, et la solution, c’est la dette, qui finit par être un fardeau. Il est temps d’exiger la transformation de la bauxite en Guinée, la révision de la formule de prix et la transparence sur les revenus miniers.




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