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Politique

Érythrée: Asmara dénonce au Conseil de sécurité de l’ONU la “déclaration de guerre” de l’Éthiopie

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L’Érythrée a demandé samedi 10 octobre au Conseil de sécurité de l’ONU de condamner la “déclaration de guerre” de l’Éthiopie. Addis Abeba accuse son voisin d’avoir déployé des troupes dans le Tigré et invoque la légitime défense.

Dans une lettre adressée à l’instance onusienne, le ministre érythréen des Affaires étrangères, Osman Saleh, a enjoint le Conseil de “condamner fermement la déclaration de guerre déplorable de l’Éthiopie contre l’Érythrée”. Le chef de la diplomatie érythréenne avertit qu’elle “causera des ravages considérables aux populations des deux pays et déstabilisera la région tout entière”. Le courrier demande aussi au Conseil de sécurité de “prendre les mesures dissuasives qui s’imposent”.

Cette missive répond à celle envoyée la veille par Addis Abeba. Vendredi 9 octobre, l’Éthiopie a accusé son voisin “d’agression flagrante”, qui “justifie l’exercice par l’Éthiopie de son droit inhérent à la légitime défense”. Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, s’est appuyé dans ce courrier sur l’article 51 de la Charte des Nations unies, sans préciser quelles mesures son pays entendait prendre. Le texte reproche à l’Érythrée d’avoir déployé ces dernières semaines des unités d’infanterie et de soutenir, financer, armer et diriger des groupes insurgés. Il ne désigne pas les zones occupées et n’apporte cependant pas de preuves.

(Re)lire Éthiopie: des troupes érythréennes se déploient sur le territoire éthiopien dans le nord du Tigré

Entre 5 000 et 8 000 soldats érythréens se trouvent depuis plusieurs jours au Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, selon une source sécuritaire étrangère citée. Dans sa lettre au Conseil de sécurité, Addis Abeba affirme qu’ils ont avancé jusqu’à 60 km à l’intérieur de la région. L’Érythrée dément toute incursion et y voit un prétexte éthiopien pour justifier une guerre d’agression. Sur X, le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, n’a ni confirmé ni démenti explicitement le passage de troupes.

Dans la nuit du mercredi 7 au jeudi 8 octobre, les forces fédérales éthiopiennes ont visé les soldats érythréens avec des drones à Adigrat selon l’AFP, poussant ces derniers à se replier plus au nord. Samedi matin, l’armée éthiopienne et une milice alliée sont entrées dans cette ville proche de la frontière, ont affirmé trois habitants. L’un d’eux a dit avoir vu des soldats patrouiller aux côtés de véhicules militaires. Les autorités éthiopiennes n’ont pas confirmé.

Un accès à la mer qui pose problème

Pour Asmara, l’Éthiopie convoite le port érythréen d’Assab. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, répète que son pays, enclavé, doit disposer d’un accès à la mer. Vendredi, le ministre érythréen de l’Information a assuré que son pays avait fait preuve de retenue. Il accuse l’Éthiopie d’avoir déclaré une guerre d’agression dès 2023, en annonçant vouloir obtenir un accès souverain à la mer. Addis Abeba considère ce dossier comme une question existentielle, tout en affirmant vouloir le régler par la paix et le dialogue.

(Re)lire Explosions à Addis Abeba, expulsions de diplomates… L’Éthiopie et l’Érythrée au bord de la guerre?

L’Éthiopie a disposé d’une façade maritime pendant des décennies, jusqu’à l’indépendance de l’Érythrée en 1993, obtenue après une longue lutte armée. Les deux voisins se sont ensuite affrontés entre 1998 et 2000, sur fond de différends territoriaux, lors d’une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts. Un accord de paix, signé en 2018, a valu au Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, déjà au pouvoir à l’époque, le prix Nobel de la paix. Mais depuis plusieurs années, les relations se sont de nouveau dégradées, chaque camp accusant l’autre de chercher à le déstabiliser.

Au Tigré, les combats reprennent

Plus de deux semaines avant cette escalade, les combats avaient repris dans le nord de l’Éthiopie. Depuis le 23 septembre, une alliance rebelle affronte les troupes gouvernementales dans les régions du Tigré, de l’Amhara et de l’Afar. Parmi ces forces figure le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), une formation politique qui dirigeait de fait l’État régional du Tigré depuis avril. L’Éthiopie accuse depuis plusieurs mois l’Érythrée de soutenir ces rebelles, ce que cette dernière dément. Le 1er octobre, Addis Abeba a ainsi dénoncé des actes “d’hostilités et de belligérance” de son voisin, entraînant la rupture des relations diplomatiques.

Les combattants du TPLF ont déjà affronté l’armée fédérale entre 2020 et 2022. L’Érythrée soutenait alors le gouvernement éthiopien. Il y eut plus de 600.000 morts à l’issue de ce conflit. Les affrontements déclenchés le mois dernier constitueraient la plus importante flambée de violence depuis cette guerre.

Source: https://information.tv5monde.com/

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