Crédits votés, projets bloqués: le Parlement exige des comptes au gouvernement
Dans la soirée de ce samedi 7 novembre 2026, les députés ont examiné le volet dépenses du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. À l’occasion de cette séance plénière, l’Assemblée nationale a relevé plusieurs insuffisances dans la gestion des finances publiques.
Parmi les principales préoccupations soulevées figurent le faible taux d’exécution des investissements publics, les retards de paiement des établissements publics, l’accumulation de la dette intérieure et les difficultés de financement des collectivités locales.
Cette plénière fait suite aux travaux d’examen en commission et en intercommission, tenus du 1er au 5 novembre 2026. Au cours de ces séances, la commission de fond, à savoir la Commission des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération, a relevé plusieurs dysfonctionnements susceptibles de compromettre la mise en œuvre effective des politiques publiques.
Sur le plan financier, les dépenses prévisionnelles de l’État sont désormais évaluées à 67 925,87 milliards de francs guinéens, contre 64 181,37 milliards GNF dans la loi de finances initiale, soit une hausse de 5,83 %. Selon le rapport présenté lors de la plénière, cette progression s’explique principalement par « la hausse des dépenses courantes », qui atteignent 41 954,40 milliards GNF. À l’inverse, les dépenses d’investissement enregistrent une baisse de 10,13 % pour s’établir à 23 562,27 milliards GNF.
La principale préoccupation des parlementaires porte toutefois sur le faible niveau d’exécution des crédits d’investissement dans les départements ministériels. À ce sujet, le rapport indique que seuls 29 départements ministériels et institutions républicaines sur 39 « affichent un taux de paiement inférieur à 30 % ». Parmi eux, treize présentent un taux nul. Une situation qui inquiète les députés et traduit, selon le rapport, des insuffisances dans la programmation, la préparation et l’exécution des projets publics.
Une évaluation approfondie demandée au Premier ministre
Face à la faiblesse du taux d’exécution des investissements, les députés appellent à des mesures correctives. Ils sollicitent notamment du Premier ministre, Amadou Oury Bah, qu’il diligente une évaluation approfondie afin d’identifier les responsabilités et de remédier aux dysfonctionnements constatés.
Les établissements publics à caractère administratif (EPA) constituent une autre source de préoccupation. Selon le rapport, 33 de ces entités affichent un taux de paiement nul, alors que la clôture de la chaîne des dépenses est prévue dans un mois.
Cette situation a des répercussions directes sur les travailleurs, dont certains restent parfois plusieurs mois sans percevoir leur salaire. Sur ce point, les députés invitent le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour régulariser les paiements et sécuriser les crédits destinés à la prise en charge des rémunérations.
Le faible rythme d’apurement de la dette intérieure préoccupe également les parlementaires. Sur un stock audité de 1 700 milliards GNF, plusieurs créances pourtant validées restent impayées. Les députés invitent ainsi le ministère des Finances à accélérer leur règlement, afin de préserver la trésorerie des entreprises privées et de soutenir le dynamisme de l’activité économique.
Dans le secteur agricole, les insuffisances sont tout aussi importantes. Alors qu’une enveloppe de 100 milliards GNF avait été prévue dans le budget initial pour la réalisation de pistes rurales, aucun engagement ni décaissement n’aurait été effectué en 2026. Conséquence : aucun kilomètre de piste n’a été réalisé sur cette dotation. Pour rattraper ce retard, l’Assemblée nationale recommande la construction et l’entretien d’au moins 1 000 kilomètres de pistes rurales en 2027, puis 1 400 kilomètres en 2028, avec pour ambition d’atteindre 7 000 kilomètres à l’horizon 2030.
Autre sujet de préoccupation : le financement des collectivités locales. D’après le rapport, sur les 2 316 milliards GNF encaissés par le Trésor public au titre des collectivités, seuls 15,67 milliards GNF, soit 0,65 %, ont été reversés à l’ANAFIC. Face à ce faible niveau de rétrocession, les députés exigent un transfert effectif des ressources, indispensable au financement des infrastructures locales et à l’exercice des compétences dévolues aux collectivités.
La situation des cantines scolaires suscite également des interrogations. Sur les 30 milliards GNF prévus pour leur fonctionnement en 2026, aucun paiement n’avait été effectué au moment de l’examen du rapport. Les parlementaires demandent, en conséquence, un décaissement urgent des fonds ainsi que la mise en place d’un plan spécial pour assurer la continuité de leur fonctionnement.
Les subventions accordées à Électricité de Guinée (EDG) figurent aussi parmi les préoccupations soulevées par les députés. Leur impact budgétaire est estimé à 3 000 milliards GNF. Tout en préconisant une rationalisation progressive de ces appuis financiers, ils invitent la société à renforcer le recouvrement des factures, à réduire ses pertes et à accélérer le déploiement des compteurs à prépaiement.
S’agissant du Programme Simandou 2040, le rapport relève que sur les 339 projets qui y sont inscrits, seuls 176 ont été intégrés au PLFR 2026, pour une enveloppe de 10 137,65 milliards GNF. Soit un taux d’alignement de 52 %. L’Assemblée nationale appelle ainsi le gouvernement à renforcer la prise en compte de ce programme stratégique dans les prochaines lois de finances.
Au terme de leurs travaux, les commissions parlementaires ont également formulé une série de recommandations portant notamment sur la transparence dans l’exécution des dépenses publiques, la simplification des procédures de paiement, la modernisation des infrastructures scolaires et judiciaires, ainsi que la relance des unités industrielles.
En dépit de ces différentes réserves, la Commission des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération a marqué son adhésion au volet dépenses du PLFR 2026 et appelé à son adoption par l’ensemble des députés. Elle souligne toutefois que l’enjeu majeur reste de traduire les crédits inscrits au budget en réalisations concrètes, au bénéfice des populations.




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