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Direct Samedi 10 octobre 2026
Société

Les lettres de cachet de l’AES ou les souverainistes qui plagient le Roi Soleil

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Il y a une phrase qui a suscité cette chronique. Elle vient du Niger. Interrogé sur le sort de Moussa Kaka, journaliste détenu depuis le 31 août, un ministre répond : « Il est en vie et sa famille le sait ». Une phrase qui rappelle la lettre de cachet, abolie en 1789. 

Des panafricains adeptes du roi du Soleil, ce n’est pas la chose à laquelle on pense de prime abord. Démonstration à travers trois visages, une même matrice.

Visage 1 : Moussa Kaka, au Niger. Le doyen. 40 ans de journalisme, « ancienne voix de RFI ». Il quitte son bureau le 30 août à Niamey, il ne rentre jamais. Un mois de silence. Puis le 7 octobre, le ministre nigérien de la Justice lâche : « Il est en vie et sa famille le sait ». Où ? Pourquoi ? Mystère. C’est la lettre de cachet dans sa forme brute : le Prince reconnaît qu’il a le corps, mais pas le droit.

Visage 2 : Atiana Serge Oulon, au Burkina. Directeur de L’Événement. Il écrit que 400 millions de FCFA destinés aux VDP ont été détournés à Kaya. Le 24 juin 2024, au petit matin, neuf hommes en civil l’enlèvent chez lui, devant sa femme et son enfant. Ibrahim Traoré dira un mois plus tard qu’un journaliste a été « arrêté pour fausses informations et enrôlé au front ». Mensonge. En mai 2026, RSF révèle : il n’est pas au front, mais dans une villa à Ouaga 2000, transformée en prison privée, où il est torturé avec d’autres civils. C’est la lettre de cachet version contre-insurrectionnelle : on ne met plus à la Bastille, on met dans une villa sans adresse.

Visage 3 : Tata Rose et Ras Bath, au Mali. Le registre le plus pervers. Elle, Rokia Doumbia, 48 ans, vend des tomates et dit que la vie est chère. Lui, Mohamed Bathily, lui tend un micro. On ne les fait pas disparaître. On leur fait un procès. Trois ans de préventive, puis le 17 août dernier : 10 ans dont 7 fermes pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ». Parler dans une radio = association de malfaiteurs. Dire que la tomate est chère = atteinte au crédit de l’État. C’est la lettre de cachet judiciarisée. Le juge signe ce que le Roi ordonne.

Alors, n’est-ce pas forcer le trait de parler de lettre de cachet pour des juntes qui se disent anti-France ?

Non. Pour le traduire j’emprunte le mot savant « l’énantiodromie ». Un vieux mot inventé par Héraclite, 500 ans avant Jésus-Christ qui a établi qu’ « à force de combattre une chose, on devient cette chose ». Nietzsche le dira plus tard : « Qui combat des monstres doit veiller à ne pas devenir monstre lui-même ». Le comble est là. Ces régimes disent se battre contre la France. Ils n’ont jamais autant ressemblé à la France de 1750. Ils parlent de peuple souverain mais ont peur de la parole la plus populaire qui soit : celle d’une vendeuse de condiments qui parle du prix de la tomate. La lettre de cachet avait été inventée pour protéger le pouvoir absolu de la contestation morale.

C’est exactement ce qui se passe en AES. Et en français facile, ça veut dire quoi ? Une petite lettre avec le cachet de cire du Roi de France et ses soldats pouvaient arrêter et enfermer. Pas de juge, pas d’avocat, pas de date de sortie. Moussa Kaka, Atiana Oulon, Tata Rose… n’ont pas reçu un mandat d’un juge. Des personnes se sont présentés, sans « lettre de cachet » (en plus) et les ont contraint à les suivre. Pas de droit. En 1789, les Français se sont révoltés pour ça. 237 ans plus tard, les militaires de l’AES prennent de la France exactement ce que son peuple ne veut plus. C’est ça, l’énantiodromie parfaite.

 

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